Quadratures composites (trapèze et Simpson)

Objectifs d'apprentissage

À la fin de cette leçon, vous serez en mesure de :

  • Construire les formules composites à partir des formules simples
  • Dériver les erreurs composites à partir des erreurs simples
  • Calculer le nombre de sous-intervalles nécessaire pour une tolérance donnée
  • Comparer l'efficacité du trapèze et de Simpson sur un même problème

Prérequis

  • Règle du trapèze et règles de Simpson (leçon précédente)
  • Erreurs de troncature des formules simples

Le problème des formules simples

Dans la leçon précédente, nous avons vu que les formules de Newton-Cotes simples donnent des résultats médiocres sur un grand intervalle. Pour :

  • Le trapèze simple donnait 0 (erreur de 100%)
  • Simpson 1/3 donnait 2.094 (erreur de 4.7%)
  • Simpson 3/8 donnait 2.040 (erreur de 2%)

Le problème n'est pas la méthode, c'est que l'intervalle est trop large pour être bien approximé par un seul polynôme de degré 1, 2 ou 3.

💡

Idée des quadratures composites

Plutôt que d'augmenter le degré du polynôme (ce qui mène au phénomène de Runge), on découpe l'intervalle en sous-intervalles suffisamment petits et on applique la formule simple sur chacun.


Trapèze composite

Construction

On divise en sous-intervalles de largeur , avec les points pour .

Sur chaque sous-intervalle , on applique le trapèze simple :

En sommant les contributions :

Chaque intermédiaire apparaît deux fois (une fois comme borne droite, une fois comme borne gauche). Seuls et n'apparaissent qu'une fois :

💡

Trapèze composite

Les coefficients sont : 1, 2, 2, 2, ..., 2, 1 (divisés par 2).

Dérivation de l'erreur composite

Sur chaque sous-intervalle, l'erreur du trapèze simple est :

L'erreur totale est la somme des erreurs :

Nous avons une somme de valeurs de . Par le théorème de la valeur intermédiaire généralisé, il existe tel que :

Donc :

Or , d'où :

⚠️

Erreur du trapèze composite

L'erreur composite est en , pas comme l'erreur simple ! On « perd » un ordre car on somme erreurs.

Exemple : avec

Avec et les points :

ixᵢsin(xᵢ)
000
1
21
3
40

Erreur :

Borne d'erreur théorique : pour , donc .

L'erreur réelle (0.104) est bien en dessous de la borne théorique (0.162).

Combien de sous-intervalles pour une erreur ?

On veut :

Pour avec :

🚨

Trapèze : n ≥ 161 sous-intervalles

Pour atteindre une erreur de avec le trapèze composite, il faut au moins 161 sous-intervalles (soit 162 évaluations de ). C'est beaucoup ! Peut-on faire mieux ?


Simpson 1/3 composite

Construction

Pour appliquer Simpson 1/3 par morceaux, chaque application nécessite 3 points (un sous-intervalle de largeur ). On regroupe donc les sous-intervalles par paires.

Conséquence : doit être pair.

Sur chaque paire :

En sommant les paires, on observe que :

  • Les points extrêmes ( et ) ont un coefficient 1
  • Les points impairs () ont un coefficient 4 — ce sont les milieux de chaque paire
  • Les points pairs intérieurs () ont un coefficient 2 — ce sont les frontières entre paires
💡

Simpson 1/3 composite

Les coefficients suivent le motif : 1, 4, 2, 4, 2, ..., 4, 2, 4, 1 (divisés par 3).

Condition : doit être pair.

Dérivation de l'erreur composite

Sur chaque paire de sous-intervalles, l'erreur de Simpson simple est :

Il y a paires. En sommant :

Or , d'où :

⚠️

Erreur de Simpson 1/3 composite

L'erreur composite est en , soit deux ordres de mieux que le trapèze composite ().

Exemple : avec

Avec les mêmes 5 points que pour le trapèze ( est pair, tout va bien) :

Erreur :

Comparons : avec les mêmes 5 points, le trapèze donnait une erreur de 0.104 et Simpson donne 0.0046 — c'est 23 fois plus précis !

Borne d'erreur théorique : pour , donc .

L'erreur réelle (0.0046) est bien en dessous de la borne (0.0066).

Combien de sous-intervalles pour une erreur ?

Comme doit être pair : suffit (soit 13 évaluations de ).

💡

Coût total pour une erreur de 10⁻⁴

Comparons le coût réel des deux méthodes. Chaque méthode requiert des évaluations de (le coût dominant) et des opérations arithmétiques (additions, multiplications) :

Trapèze (n = 161)Simpson 1/3 (n = 12)
Évaluations de
Multiplications (les coeff. ×2) (les coeff. ×4 ou ×2)
Additions

Simpson utilise des coefficients légèrement plus variés (1, 4, 2 au lieu de 1, 2), mais le surcoût par point est négligeable. Le facteur dominant est le nombre d'évaluations de : 162 contre 13, soit un facteur ~12.

En pratique, évaluer est souvent l'opération la plus coûteuse (surtout si provient d'une simulation ou d'une mesure expérimentale). L'avantage de Simpson est donc réel.


Simpson 3/8 composite et complémentarité avec Simpson 1/3

Le problème de la parité

Simpson 1/3 composite exige que soit pair. Mais en pratique, on ne choisit pas toujours librement :

  • Les données peuvent provenir de mesures avec un nombre fixe de points
  • Un capteur peut fournir 8 points (7 intervalles — impair !)
  • Un algorithme adaptatif peut raffiner localement et produire un nombre quelconque de sous-intervalles

C'est là que Simpson 3/8 devient utile : il nécessite que soit multiple de 3.

Construction

Pour Simpson 3/8 composite, on regroupe les sous-intervalles par triplets :

💡

Simpson 3/8 composite

Les coefficients suivent le motif : 1, 3, 3, 2, 3, 3, 2, ..., 3, 3, 1 (multipliés par 3/8).

Condition : doit être multiple de 3.

Erreur

Par le même raisonnement que pour Simpson 1/3, on somme erreurs simples de :

L'erreur est aussi en , mais avec un coefficient plus grand que Simpson 1/3 ( vs ). À égal, Simpson 1/3 est donc environ 2.25 fois plus précis.

Combiner les deux Simpson

L'intérêt principal de Simpson 3/8 est de compléter Simpson 1/3 quand n'est ni pair ni multiple de 3. En combinant les deux, on peut traiter tout :

nStratégieExplication
pairSimpson 1/3 partoutCas idéal
multiple de 3Simpson 3/8 partoutAlternatif
impair, non mult. de 3Simpson 3/8 sur les 3 premiers + Simpson 1/3 sur le reste est pair

Par exemple, avec : on applique Simpson 3/8 sur (3 intervalles), puis Simpson 1/3 sur (4 intervalles, pair). Les deux méthodes se « raccordent » au point sans perte de précision.

En résumé

Simpson 1/3 est la méthode de choix quand on contrôle . Simpson 3/8 est le complément qui permet de gérer les cas où n'est pas pair. Ensemble, ils couvrent tous les cas avec une erreur en .


Comparaison sur

Voici les résultats pour différentes valeurs de :

nTrapèzeErreurSimpson 1/3Erreur
41.89610.10392.00460.0046
81.97420.02582.000270.00027
161.99360.00642.00001650.0000165

Observons le comportement quand on double (et donc divise par 2) :

  • Trapèze () : l'erreur est divisée par à chaque doublement
  • Simpson () : l'erreur est divisée par à chaque doublement

Vérification de l'ordre

C'est un test pratique pour vérifier l'ordre d'une méthode : si l'erreur est divisée par ~4 quand on double , la méthode est d'ordre 2. Si elle est divisée par ~16, elle est d'ordre 4.


Guide pratique : déterminer pour une tolérance donnée

Méthode générale

Pour une tolérance , on résout l'inégalité de la borne d'erreur :

Trapèze composite :

(obtenue en remplaçant dans la borne d'erreur)

Simpson 1/3 composite :

et doit être arrondi au prochain entier pair.

Exemple : avec

La valeur exacte est .

Pour sur : toutes les dérivées sont , donc .

Trapèze :

Simpson 1/3 :

Donc (pair).

Bilan : pour une erreur de , le trapèze a besoin de 476 sous-intervalles alors que Simpson n'en a besoin que de 12. L'écart se creuse encore plus pour des tolérances plus serrées.


Résumé

Trapèze compositeSimpson 1/3 composite
Coefficients1, 2, 2, ..., 2, 11, 4, 2, 4, ..., 4, 1
Erreur
Borne
Contrainte quelconque pair
Quand utiliserSimplicité, base de RombergMeilleur rapport précision/effort

Pour aller plus loin

Simpson 1/3 composite est la méthode de choix pour la plupart des applications courantes. Mais peut-on faire encore mieux sans augmenter le nombre de points ?

Dans la leçon suivante, nous verrons la méthode de Romberg, qui part du trapèze composite et applique l'extrapolation de Richardson de manière itérative. Résultat : la première étape de Richardson redonne exactement Simpson, et les étapes suivantes atteignent des précisions encore supérieures ().