Problèmes aux limites — Méthode de tir
Objectifs d'apprentissage
À la fin de cette leçon, vous serez en mesure de :
- Distinguer les problèmes à conditions initiales des problèmes à conditions aux limites
- Appliquer la méthode de tir pour les ÉD linéaires
- Adapter la méthode aux ÉD non linéaires
- Comprendre le théorème de superposition
Prérequis
- Méthodes numériques pour ÉD (Leçons 6.2–6.6)
- Systèmes d'ÉD d'ordre 1
- Combinaisons linéaires de solutions
Conditions initiales vs conditions aux limites
Problème à valeur initiale (PVI)
Toutes les conditions sont données au même point :
Les méthodes d'Euler, RK, Adams s'appliquent directement.
Problème à valeur aux limites (PVL)
Les conditions sont données à deux points différents et :
Problème fondamental
On connaît et , mais pas . Les méthodes numériques classiques (Euler, RK) ne peuvent pas démarrer !
Exemple physique : déformation d'une poutre
Une poutre encastrée aux deux extrémités sous charge satisfait :
où est la flèche, la charge axiale, le module d'Young, le moment d'inertie.
Conditions aux limites : et (encastrements).
Théorème de superposition (ÉD linéaires)
Pour une ÉD linéaire, si et sont deux solutions, alors toute combinaison linéaire :
est aussi une solution (avec les conditions initiales combinées de la même façon).
Cas homogène
Si l'ÉD est homogène (), alors est solution pour tout .
Méthode de tir — Principe
Idée
- Deviner une valeur de
- Résoudre le PVI avec RK4 ou Adams-Moulton
- Vérifier si
- Ajuster la valeur de et recommencer
Analogie du tir
C'est comme viser une cible avec un canon :
- On connaît la position de départ et la cible
- On ajuste l'angle de tir (= )
- On tire et on observe où atterrit le projectile
- On corrige l'angle et on recommence
Cas linéaire : convergence en 2 tirs
Pour une ÉD linéaire d'ordre 2, deux tirs suffisent grâce au théorème de superposition.
Algorithme
Tir 1 : On choisit (une valeur arbitraire) et on résout le PVI. On obtient .
Tir 2 : On choisit et on résout. On obtient .
Combinaison : La solution cherchée est :
où est choisi pour que :
Exemple détaillé (cas linéaire)
Résolvons le PVL :
Tir 1 :
On résout le PVI avec RK4 :
- CI : ,
- Résultat : (raté ! on voulait −1)
Tir 2 :
On résout avec RK4 :
- CI : ,
- Résultat : (raté aussi !)
Combinaison linéaire
On cherche tel que :
La solution est :
Tableau des solutions
| t | x₁(t) | x₂(t) | x₃(t) |
|---|---|---|---|
| 1.0 | 2.000 | 2.000 | 2.000 |
| 1.2 | 1.730 | 1.426 | 1.324 |
| 1.4 | 1.529 | 0.933 | 0.734 |
| 1.6 | 1.393 | 0.516 | 0.224 |
| 1.8 | 1.320 | 0.174 | −0.208 |
| 2.0 | 1.308 | −0.095 | −0.563 |
| 2.2 | 1.356 | −0.290 | −0.839 |
| 2.4 | 1.463 | −0.409 | −1.034 |
| 2.6 | 1.628 | −0.450 | −1.143 |
| 2.8 | 1.851 | −0.409 | −1.162 |
| 3.0 | 4.811 | 0.453 | −1.000 |
Vérification
On vérifie que ✓
Cas non linéaire : itérations
Pour une ÉD non linéaire, la superposition ne s'applique pas. On doit itérer.
Méthode de la sécante
On utilise l'interpolation linéaire pour estimer la prochaine valeur de :
C'est analogue à la méthode de la sécante pour trouver les zéros d'une fonction.
Exemple (cas non linéaire)
Résolvons :
Le terme rend l'équation non linéaire.
Itérations successives :
| Itération | x'(1) | x(3) | Erreur |
|---|---|---|---|
| 1 | −1.5 | −0.016 | 0.984 |
| 2 | −3.0 | −2.085 | 1.085 |
| 3 | −2.213* | −1.271 | 0.271 |
| 4 | −1.957* | −0.838 | 0.162 |
| 5 | −2.062* | −1.042 | 0.042 |
| ... | ... | ... | ... |
| convergé | −2.018* | −1.000 | 0 |
*Les valeurs marquées * sont obtenues par interpolation linéaire.
Convergence
La méthode de tir non linéaire converge comme une méthode de point fixe. La convergence n'est pas garantie — elle dépend du problème et des valeurs initiales choisies.
Algorithme
def shooting_linear(f, t0, t1, alpha, beta, m1, m2, h=0.01):
"""
Méthode de tir pour ÉD linéaire d'ordre 2.
Paramètres:
f: fonction f(t, x, x') telle que x'' = f
t0, t1: bornes de l'intervalle
alpha: x(t0) = alpha
beta: x(t1) = beta
m1, m2: deux valeurs initiales pour x'(t0)
h: pas pour RK4
Retourne:
t, x: solution du PVL
"""
# Tir 1
t1_result, x1_result = solve_ivp_rk4(f, t0, [alpha, m1], t1, h)
x1_end = x1_result[-1, 0] # x1(t1)
# Tir 2
t2_result, x2_result = solve_ivp_rk4(f, t0, [alpha, m2], t1, h)
x2_end = x2_result[-1, 0] # x2(t1)
# Combinaison linéaire
gamma = (beta - x2_end) / (x1_end - x2_end)
# Solution finale
x_final = gamma * x1_result[:, 0] + (1 - gamma) * x2_result[:, 0]
return t1_result, x_finalAvantages et inconvénients
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Utilise les méthodes PVI existantes (RK4) | Peut nécessiter plusieurs itérations (non linéaire) |
| Conceptuellement simple | Convergence non garantie (non linéaire) |
| 2 tirs suffisent (linéaire) | Instabilité si solutions divergentes |
| Précision contrôlable via le solveur PVI | Coûteux si le domaine est grand |
Résumé
- Les PVL ont des conditions à deux points : ,
- La méthode de tir transforme le PVL en PVI en devinant
- Cas linéaire : 2 tirs + superposition → solution exacte
- Cas non linéaire : itérations (sécante) jusqu'à convergence
- La méthode réutilise les solveurs PVI standard (RK4, Adams-Moulton)
Pour aller plus loin
Dans la prochaine leçon, nous verrons la méthode des différences finies, une approche alternative qui discrétise directement le domaine et résout un système linéaire.